LA TAILLE

Quelques éléments de réflexion:

 

VERS L'ABAISSEMENT DE LA MAILLE ??

   publié le :   28/12/2005

En ces temps de doute sur l’opportunité et nos choix de gestion, nombre de dirigeants d’AAPPMA s’interrogent sur la validité de leurs projets de gestion. Comment savoir si ce que l’on fait pour la rivière est bien, ou seulement utile.
L’AAPPMA de Pont-en-Royans mène depuis quelques années une réflexion sur la gestion d’une rivière à truite, la Bourne, au pied du Vercors.
Un projet de « franc-tireur » qui ne va pas tout à fait dans le sens du vent devrait apporter aux AAPPMA et aux spécialistes de la gestion, des outils nouveaux.

La nostalgie n’est plus ce quelle était :« Avant c’était mieux ! » c’est ce qu’entendent régulièrement les dirigeants d’associations, au point que, culpabilisés par ces critiques récurrentes, ils sont tentés de faire de la gestion de foire en déversant des poissons d’élevage dans les rivières, pour rassurer les mauvais pêcheurs Les « mauvais coucheurs » aussi.
C’est vrai ! Avant c’était mieux ! Les témoignages le confirment : les résultats des pêcheurs, globalement ont été divisés par deux entre 1985 et 2002.
Alors pourquoi c’était mieux ? Qu’est ce qui a changé ?
Les débits sont stables depuis longtemps, les ouvrages hydrauliques sont anciens, la qualité de l’eau n’a pas changé, les peuplements mesurés par pêches électriques sont stables, le nombre de pêcheurs est en baisse (450 en 86 et 100 en 2002), le nombre de séances annuelles par pêcheurs est inchangé, la taille légale de capture de la truite est passée de 20 à 23 cm, la durée de la pratique de la pêche a été réduite de deux semaines sur la saison.
Lorsqu’on fait le bilan des évènements à prendre en compte pour mesurer cette évolution, on s’aperçoit que ces changements ayant pour la plupart une vertu protectionniste, auraient dû permettre des résultats plus étoffés qu’aujourd’hui. C’était leur objet.
L’idée est donc née de se re-situer dans un contexte réglementaire et démographique antérieur afin de vérifier si les mêmes causes produisent les mêmes effets.
IL a donc été proposé, sur un secteur de la rivière (dit «B4» chez nous) d’abaisser la taille légale de capture à 18 cm et d’inciter les pêcheurs habitués aux « relachés » à garder leurs captures.
Un projet d’expérience :
Ce projet a été soumis à des scientifiques de la gestion des milieux
aquatiques (CSP, Cemagref, Bureaux d’études) qui ont fixé un cadre
technique à l’expérience et notamment une période initiale de 3 ans au cours de laquelle des inventaires par pêches électriques seront réalisés. La mise en place indispensable de carnets de captures complétera le dispositif d’analyse de l’opération.
Déjà l’analyse des sondages et des carnets de captures peut contribuer à établir un état des lieux et à imaginer une explication.
Des résultats surprenants :
Les pêcheurs déclarent capturer en moyenne annuelle 40 poissons de + de 23 cm soit pour le secteur de l’expérience prévue, 9000 truites
sauvages prélevées.
Le milieu ne recel que 3000 truites de + 23 cm (mesuré par pêche électrique).
Comment expliquer cette différence ?
Déjà en 1986 l’analyse des sondages laissait apparaître un décalage
important entre les prélèvements et les biomasses connues, décalage alors interprété comme provenant d’une erreur de traitement des chiffres. Avec une situation réglementaire antérieure, nous procédons donc à des évaluations des captures. Les décalages sont les mêmes : les biomasses capturées représentent 2 à 4 fois les biomasses mesurées par Pêches électriques.
Il faut en sortir, Il faut trouver une explication ! Si nos chiffres sont aussi têtus, c’est qu’ils sont vrais. C’est donc comme ça
que ça marche les rivières : les prélèvements stimulent les
populations, mais dans quelles limites?
Nos chiffres montrent qu’on prélève, selon les cas 2 à 4 fois la biomasse connue. Pourtant à chaque Pêche électrique en fin de saison la biomasse est toujours stable et à son maximum historique ! Nous concluons que la capacité d’accueil est un plafond
indépassable et que toute perte naturelle ou artificielle est rattrapée par la dynamique de l’espèce et la performance des milieux.
L’éclairage de ces sondages, nous donne l’impression d’avoir inventé «
l’eau chaude ». Nous recherchons de-ci, de-là, des gens plus sérieux que nous qui disent la même chose que nous.
Des scientifiques donnent un éclairage nouveau sur la productivité des milieux aquatiques : A. Richard dans la collection « Mise au point » ( CSP) / gestion piscicole / p 58 : «On peut prélever ainsi par pêche des individus qui seront rapidement remplacés. Une exploitation équilibrée dynamise la productivité de truites, les captures
s’ajoutant aux effectifs de la population qui sont, eux limités par la capacité physique du milieu. » Un autre auteur, C. Levèque, dans
« écosystèmes aquatiques » chez hachette p. 112, aborde le sujet avec précaution : « Un certain nombre de résultats préliminaires semble montrer qu’il n’existe pas de corrélation directe
entre la richesse spécifique et la productivité des milieux (estimés par
les résultats de la pêche notamment) » Les performances des milieux sont encore mal connues et sous estimées.
Des comparaisons avec les autres milieux vivants laissent apparaître des corrélations significatives avec nos sondages. Nous remarquons que les prédateurs et les proies forment une dualité indissociable et nécessaire à la survie de ce couple en « conflit ».
Sur des parcours de pêche que nous connaissons bien, qui ont été
quasiment désertés par les pêcheurs (zones de gorges encaissées, pourtant accessibles) les peuplements résiduels
sont modestes. Quelques pêcheurs « réussissent encore dans ces lieux », ils sont peu nombreux à fréquenter ces sites. Dans ces gorges, durant la période de fraie, les truites en action
sont rarissimes, alors que dans la période 80-86 les frayères étaient
toutes abondement peuplées.
Poissons et pêcheurs ont désertés les lieux. Dans notre exemple l’espèce « pré-datée » ce serait placée en situation de retrait, voire de déclin.
L’évènement accrédite l’idée que la présence du prédateur entretien un niveau élevé de productivité du milieu.
Suffirait-t-il de réintroduire des prédateurs (pêcheurs, autres
prédateurs) pour renouer avec des performances élevées du milieu ?
En publiant ces travaux, nous allons certainement susciter des réactions de la part des lecteurs. Nous aimer ions
que les AAPPMA qui se sentent « interpellées », ainsi que celles qui
mènent des expériences d’évaluation des résultats des pêcheurs, nous fassent connaître et partager leurs réflexions. Modestement nous savons que la synthèse sérieuse de ces expériences relève de la science. Notre compétence de pêcheurs se limite dans tous les cas à la collecte de données, à une réflexion approximative.
L’analyse fine et sure de ces données n’est pas à notre portée ni de
notre responsabilité.
Antoine MOLINA,
AAPPMA de Pont-en-Royans
Contact : 04 76 36 11 33

Source : http://www.savoiepeche.com/home/index.php?r_nav=accueil&p_nav=index&cat1=2&page=1089&rubrique=1

 

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