Faire des parcours "No Kill" pourquoi pas mais attention! pas question d'avoir des poissons plus nombreux et plus gros, ça ne va pas ensemble. On ne peut avoir en moyenne que de 1,7à 6 g/m2. Ou alors on triche et on bassine ou il faut nourrir (pisciculture) !

De plus un parcours vieillit car les poissons s'éduquent.

Ne vaudrait-il pas mieux aider la nature et éduquer pour bannire les congélateurs et les cadeaux de poissons servant de faire valoir.

 

Alphonse ARIAS:

La capacité d’accueil est fonction de la capacité biotique. Les compétitions pour le territoire et pour la nourriture se poursuivent durant toute la vie de la truite; simplement, les besoins s’accroissent à mesure que les poissons grandissent. ALLEN (1960), rassemblant les observations de nombreux biologistes relatives à 33 cours d’eau à Salmonidés, a mis en évidence la relation moyenne entre taille du poisson et surface de rivière revenant à chacun d’eux. Les surfaces observées pour les différentes tailles de poissons varient dans l’ensemble comme le cube des longueurs des poissons ; ALLEN en déduit que, finalement, le poids de poisson par unité de surface. est une valeur sensiblement stable (environ 1,7 g/m2). Notons qu’ODONERA (1962) avait, au cours de ses propres recherches, observé des capacités de même ordre de 0,8 à 2,4 g/m

Ces observations  ont été faites sous des climats plus rigoureux que les nôtres, ce qui peut expliquer la faiblesse de ces densités de poissons. Dans nos rivières Françaises on peut espérer autour de 6g/m2 en moyenne pour un ruisseau.

(Truite Magazine)

Le fait de ne pas prélever les poissons et donc de les laisser grandir permet en théorie d’avoir des salmonidés plus gros ou plus abondants natu­rellement qu’ailleurs. La pratique confirme parfois la théorie sous certaines réserves importantes toute­fois, concernant les croissances et les survies comme nous l’avons vu plus haut dans ce dossier. Mais le plus souvent, et la chose se vérifie un peu partout dans le monde, la nature n’est pas jugée assez généreuse. Les parcours no kill sont alors “dopés” pour maintenir l’attractivité justifiant leur fréquentation. C’est-à-dire que dans beaucoup d’entre eux , une surpopulation en gros sujets est artificiellement créée par déversement. Hé oui, des poissons

de bassine ! Il faut le savoir. Le phé­nomène est banal, même dans des pays réputés où ni les gestionnaires ni les pêcheurs qui en reviennent ne souhaitent beaucoup s’étendre sur le sujet. De là à voir l’efficacité d’une gestion qui préserve la ressource dans ce qui n’est que la « magie » opérée par les granulés de pisciculture, il n’y a qu’un pas que certains franchissent allégrement ! Mais revenons au naturel. Quand une espèce est vraiment menacée, il devient logique d’interdire sa capture pour la préserver. Par un subtil distingo qui ne vous aura pas échappé, certains imaginent des ouvertures en no kill plutôt que d’interdire la pêche de l’espèce trop rare. “Pêchons quand même mais en no kill”, oui, bon, pourquoi pas. Mais l’intérêt, au sens halieutique du terme, n’a plus rien de commun avec les principes qui sous tendent la pêche en no kill c’est-à-dire la forte opportunité de voir du poissons et d’en toucher. Autoriser le » no kill sinon rien » alors que les prises sont rarissimes ne peut qu’être une bien piètre satisfaction pour les pêcheurs. Dans la pénurie, autoriser la pêche avec graciation ou mettre en réserve ne fait guère de différence. L’intérêt halieutique et la motivation des pêcheurs sont faibles dans ces conditions. Evidemment, le no kill peut être proposé avec la promesse des lendemains qui chantent “relâchons nos prises si rares aujour­d’hui, elles seront plus nombreuses demain !” mais c’est faire la supposition que les pêcheurs jouent un rôle prépondérant dans la disparition de l’espèce recherchée. C’ est malheureusement rarement le cas.

La longueur du parcours est un élément important 200 à300 mètres ne suffisent pas à héber­ger une population significative de beaux poissons. En dessous d’un kilomètre de rives, ce n’est pas un parcours no kill, c’est un échantillon. Dans le même ordre d’idée, il vaut mieux installer ces parcours dans des rivières productives, où la crois­sance de la truite est forte (23 à 30 cm à 3 ans par exemple). C’est dans ces secteurs que la réponse à la mise en no kill sera la plus spectacu­laire et satisfaisante pour les pêcheurs, car de nombreuses truites atteindront vite une taille intéres­sante et les individus de plus de 35 cm seront présents en densité cor­recte. Les rivières à croissance plus lente (moins de 20 cm à 3 ans) pré­sentent moins d’intérêt du fait même de cette faiblesse des croissances qui ne permet pas à beau­coup de truites d’atteindre les tailles recherchées par la mise en no kill. Enfin, créer un parcours no kill dans une portion de rivière isolée et peu fréquentée comporte toujours un risque que de nombreux pêcheurs ne respectent pas sa vocation et gardent leurs truites. C’est toujours rageant et ce phénomène qui débute par le comportement de rares individus peut très vite faire tâche d’huile. C’est pourquoi il est souvent préférable, quand c’est possible, de le situer dans des zones fréquentées et faciles à surveiller. La surveillance du parcours est une des clés de la réussite. Un des inconvénients des parcours no kill sur la durée est l’éducation importante des poissons. La pre­mière année est formidable, la seconde est bonne, mais les choses se compliquent ensuite, les beaux poissons étant bien là, mais très dif­ficiles à capturer, surtout dans les parcours dédiés à une technique unique. La durée de ces trois phases est, bien sûr, à moduler en fonction de la fréquentation du par­cours, mais elles se produisent immanquablement.

On peut trouver un formidable challenge dans ces parcours bien peuplés de truites hyper-difficiles. Mais à l’usage, les pêcheurs s’en plaignent bien plus qu’ils ne s’en réjouissent. Une des solutions pour contourner ce problème est de ne pas laisser trop vieillir le parcours. Une durée de 3 à 5 ans semble être un bon compromis, permettant à la fois d’avoir des poissons âgés et donc de belle taille, et également de ne pas finir avec des poissons imprenables. Au-delà de cette période, le parcours peut être ouvert à la pèche classique et un autre parcours no kill créé ailleurs.

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